BIOTOPES

Mes biotopes entomologiques dans les grandes lignes, de la bande rhénane aux crêtes des Vosges…et dans cet ordre!



Mes biotopes entomologiques dans les grandes lignes, de la bande rhénane aux crêtes des Vosges…
et dans cet ordre !

Un survol des grandes régions paysagères alsaciennes vues sous l’angle entomologique. Une visite guidée, libre et informelle.
Des conseils, des coups de cœur, des coups de gueule.

Mes biotopes entomologiques dans les grandes lignes, de la bande rhénane aux crêtes des Vosges…
et dans cet ordre !

La bande rhénane.

Pour le Rhin navigable et le Grand Canal d’Alsace, il n’y a pas grand-chose à dire. Dompté depuis la fin du 19e siècle et enchâssé dans son carcan de berges enrochées ou bétonnées, il n’y a guère que les bois flottés qui méritent d’être inspectés de temps en temps, par pure curiosité car leur origine précise est impossible à déterminer.
Par contre, a proximité immédiate du fleuve, dès les premières pentes des digues, commence une succession de biotopes des plus intéressants.

Les digues : sol perméable, sous très forte insolation, bien ouvert car fauché régulièrement, c’est le domaine des Carabiques (Poecilus, Harpalus, Ophonus, Amara, Licinus etc.), de nombreux Curculionides (Apion, Sitona, Cionus, Sibinia, Ceutorhynchus etc.) mais également de Bruchidés, de Scarabéidés et de bien d’autres.
A noter que les chasses crépusculaires et matinales, ‘’à la fraîche’’ et avant les grandes chaleurs, sont ici souvent de rigueur.

Le contre-canal de drainage : eaux claires et rapides, berges enrochées à l’origine mais petit à petit les roches ont été colmatées près de l’eau et une végétation ripicole variée a pu s’installer (Brassicacées, Apiacées, Lythracées) favorisant surtout Curculionidés et Chrysomelidés. Curculionidés également présents sur certaines des plantes aquatiques présentes (myriophylles, lentilles d’eau, azollas).

Les friches arides : chemins, parkings, installations portuaires, friches industrielles sont autant de biotopes extrêmes, domaines de quelques Scrofulariacées, de Sedum et de diverses plantes arénicoles qui hébergent ici des Curculionidés rares (Sibinia, Gymnetron,  Mecinus). Parmi les Carabiques également il existe des amateurs de ces endroits (Cicindela, Harpalus, Amara, Syntomus, Microlestes…)

Certaines grandes gravières, en particulier celles dont les vastes pièces d’eau communiquent avec le fleuve, peuvent héberger des Carabiques rares, autrefois liés strictement au Rhin et que l’on ne trouve plus qu’ici. Dans ces grandes exploitations qui draguent, lavent, trient et stockent les granulats, des galets aux sables fins, on trouve de nombreux biotopes : eaux claires aux berges nues battues par des vaguelettes en permanence, petites pièces d’eaux stagnantes à hauts-fonds tièdes, bancs de sable, de graviers, vasières, dépôts de limons fins, d’argiles humides, roselières, typhées etc. C’est le domaine des ripicoles, des limicoles, des aquatiques, des Bembidion au sens le plus large, des Dyschirius, Amara, Peocilus, Agonum et de beaucoup d’autres.

Les biefs et les quelques tronçons du Vieux Rhin qui subsistent par endroits, et qui servent de régulateur pour les écluses et les centrales hydroélectriques et de réservoirs d’écrêtage de crue, ne sont pas à négliger. Pas tant pour le cours d’eau lui-même ou ses berges souvent enrochées, mais pour les bancs temporaires de galets et de sable mis à nu à leur sortie au gré de fortes variations de débit. Ces biotopes sont parfois colonisés pour un temps par des Carabidés ripicoles rares, de ceux qui recherchent des eaux rapides… dont certains Bembidion parmi les vrais ‘’classiques’’ du Rhin.
Lors des grandes crues de Rhin, ils servent de déversoirs à de vastes zones de friches et de forêts rhénanes inondables, et charrient alors des quantités importantes de détritus d’inondation riches en insectes de toutes sortes. Plus d’un entomologiste a constitué la base de sa collection en triant des débris de ce type, ici et dans quelques rieds de la plaine proche.
Une démarche parallèle consiste à allumer de nuit, à la belle saison une lampe actinique dans ces secteurs. Là également il y aura de quoi alimenter copieusement sa collection de Carabidés, Scarabéidés, Cerambycidés et autres nocturnes et crépusculaires… sans parler bien sûr des moustiques !
Ces techniques très productives laissent dans l’ombre les biotopes précis où évoluent les espèces capturées. Mais des recherches secondaires ciblées permettent en général de combler ces lacunes.

Les forêts rhénanes : les dépressions laissées par d’anciens bras morts du Rhin  parfois temporairement inondés, les étangs phréatiques, les drains, les pièces d’eau stagnante, les petites prairies humides, les fonds limoneux ou tourbeux, les levées, tous ces endroits sont autant de biotopes favorables à une abondante faune de Carabiques et d’autres hygrophiles. Les bosquets de bois blancs composés d’essences à bois tendre et à croissance rapide, la haute forêt-galerie parcourue de cours d’eaux, les parcelles productives plantées, tous ces saules, peupliers, bouleaux, frênes, noisetiers, charmes, chênes, érables, ormes et même pins sylvestres sont autant de biotopes pour une faune variée de xylophages et phytophages, Cérambycidés, Scarabéidés, Scolytidés, Buprestidés, Curculionidés … Faune à rechercher également dans les litières, surtout celles de la base des vieux arbres, celles qui s’accumulent dans les cavités d’arbres et dans les saules têtards, les bouquets de noisetiers et par ailleurs en règle générale celles qui s’accumulent sur les sols profonds et dans des dépressions naturelles.
Comme pour les autres forêts de plaine et d’ailleurs pour les forêts en général, les clairières, les coupes, les lisières méritent une attention particulière et régulière. Des hôtes rares de certaines Borraginacées, Brassicacées, Astéracées peuvent se trouver ici. Il peut être intéressant également d’y allumer de temps en temps la lampe, dès le crépuscule, à la belle saison.

Les rieds.

Ried dérive du vieil-allemand ˝Rieth˝, joncs, roseaux, et désigne ici des ensembles de prés et de forêts humides, inondables ou non, proches des cours d’eaux qui les alimentent. Ils sont en gros au nombre de quatre : le grand ried de l’Ill, le ried de la Bruche, le ried ou ˝Bruch˝ de l’Andlau, le ried de Bischwiller ou ried de la Zorn et de la Moder.
Les rieds, en particulier ceux proches de la bande rhénane ont leurs spécialistes, leurs ˝pratiquants˝ réguliers et assidus, dont je ne suis pas.
Je n’ai pu me faire une idée de la richesse globale de ces lieux qu’en y exploitant par exemple les débris des grandes inondations annuelles d’hiver ou de printemps. Ici comme pour la bande rhénane on peut se constituer en quelques jours par an sur quelques années, une solide base de collection entomologique. Mais remonter ensuite toutes ces pistes et affiner ses recherches pour trouver les biotopes de toutes ces bêtes délogées par les eaux est ici une autre affaire…
Les forêts de rieds sont des forêts de production et sont globalement bien moins intéressantes que les forêts rhénanes. Cependant, quand elles sont exploitées par des entomologistes particulièrement accrocheurs, elles révèlent bien des raretés, que ça soit au battage des branchages et des petits bois morts, au tamisage de litières ou au fauchage régulier de fourrés, de sous-bois ou de clairières. Scolytidés, Curculionidés, et autres xylophages, sapro-xylopahges et phytophages sont largement présents ici.
Pour les prairies, leur faune est difficile à observer, il n’y guère que les inondations qui permettent de se faire une idée de leur richesse et de leur variété : Curculionidés, Chrysomélidés, Carabidés, Elatéridés...
Restent les petites pièces d’eau, les fossés, les canaux de drainage, qui comme les nombreuses gravières, sablières, offrent de nombreux biotopes favorables aux Carabidés et autres hygro ou hydrophiles.

Les zones de cultures.

Une bonne partie de la plaine et des terrasses nord est cultivée intensivement. Vastes zones remembrées, labours profonds, terres à nu une bonne partie de l’année, traitements pesticides massifs et répétitifs, arrosages… bref : maïs, betteraves, céréales, protéagineuses, choux, le tout en grand !
L’entomologiste œuvre ici par devoir faunistique, pour ses inventaires et non par plaisir. Il inspecte les divers « abris » éventuels susceptibles d’héberger l’entomofaune, et il y en a : fosses à maïs, à betteraves, tas de fanes et reste végétaux abandonnés, croûtes de vieux fumier, vieille paille pourrie, tas de fruits, de grains avariés, cadavres de petits animaux, tas de rejets de sucreries (souvent utilisés comme amendement des sols cultivés) etc. Ces petits habitats ponctuels constituent parfois un réseau de vrais biotopes, stables dans le temps ou qui se répètent régulièrement et que l’on peut suivre sur des années. D’autres sont autant de pièges naturels qui concentrent pour un temps une faune disparate en offrant un abri précaire, un peu d’humidité, un peu d’ombre, une cache. Nombreux sont les Cryptophagidés, les Staphylinidés, les Carabidés, les Silphidés, etc. qui ont été recensés dans ces conditions.
Je suis tenté de mettre une bonne partie du vignoble, du moins les secteurs d’appellation contrôlée, dans cette rubrique. Il s’agit bien de cultures intensives et d’endroits sans aucune place pour la plus élémentaire biodiversité et où on ne peut pratiquer l’entomologie que par devoir. Il n’y a guère que par endroits dans les collines, quand quelques lambeaux de vergers et quelques restes de pelouse ont pu être sauvegardés, que les choses s’améliorent quelque peu.

Je placerais ici également les friches et les terrils des anciennes mines du bassin potassique mulhousien. La faune des sols arides et des plantes arénicoles, présentent également dans les friches rhénanes (voir plus haut) se double ici de la faune halophile (surtout Curculionidés et Carabidés), en particulier dans les secteurs de ruissellement à la base des terrils salés. Terrils d’ailleurs en voie de disparition ; traités par aspersion, ils se dissolvent progressivement et disparaissent du paysage.

Les grandes forêts de plaine.
    
Les forêts de plaine du nord de la région, le massif forestier de Haguenau au sens large et les forêts autour de Brumath, sont des forêts sableuses, pour certaines exploitées de manière assez agressive. En dehors des biotopes forestiers habituels, coupes, chablis, litières pour les parcelles les moins sèches, il existe ici des landes à callunes, des marais, des fosses à sables, des friches de types variés, autant d’habitats pour les insectes les plus divers. Scarabéidés, Cérambycidés, Buprestidés, Scolytidés, Curculionidés, Carabiques, diurnes, crépusculaires et nocturnes, arénicoles, hygrophiles, la liste est longue… Mais c’est un terrain exigeant qui demande une grande assiduité, en toute saison et avec tous les moyens et par toutes les méthodes de collecte.
Je connais moins bien les forêts du Haut-Rhin, à part peut-être celles qui sont situées dans la plaine chaude entre Colmar et Mulhouse. Forêts très sèches sur sol très perméable, où dépérissent les essences traditionnelles, chênes, pins, charmes et qui se transforment progressivement en savane épineuse dans bien des endroits. Autant dire que c’est plutôt le piégeage qui serait ici la bonne méthode d’investigation mais ne pratiquant pas cet art dont les dégâts collatéraux sont incompatible avec ma déontologie entomologique, c’est au grattage, fauchage, battage, chasse à vue au filet que j’y ai fait mes bonnes trouvailles. Ici bien sûr des thermophiles, Curculionidés, Buprestidés, Scolytidés, Bruchidés, Cérambycidés…

Les collines calcaires sous-vosgiennes.

Quand elles ont gardé une certaine diversité, vergers traditionnels, vignes, petites prairies et carrés de céréales, friches, pierriers, carrières, bosquets de chênes, de pins, fruticées et haies de rosacées, et qu’elles sont restées coiffées d’une pelouse sèche, ces collines sont à mon sens les plus belles zones paysagères de la région. L’ennui c’est qu’ici le naturaliste ou plus précisément, osons le mot, l’amoureux de la nature prend vite le dessus, la beauté et la variété du spectacle déconcentrent et j’ai pu le vérifier souvent : l’entomologie pure y perd - évidemment ! Mais comme on y revient souvent, l’entomologie finira par s’y retrouver. Et c’est la règle ici : il faut y revenir souvent, en toutes saisons, par tous temps, à tous moments de la journée. Curculionidés des sols nus, des Fabacées, Brassicacées, Apiacées, Borraginacées, Astéracées, Rosacées, de la cuscute. Buprestidés, Scarabéidés, Cérambycidés, Carabidés, Lépidoptères… la liste est sans fin.

Les Vosges.

Les Vosges du Nord.

Doux reliefs gréseux boisés culminant à moins de 600m, situés entre Saverne et la frontière allemande au nord. Forêts sableuses de conifères, de feuillus ou mixtes, fonds de vallées humides, prairies, étangs, landes, marécages, tourbières. Ces dernières, ces landes sableuses steppiques, froides et marécageuses que l’on peut rencontrer dans des terrains militaires, mais également dans le maillage forestier et en fond de vallées, constituent un des intérêts particuliers de cette zone géographique. Certains des Scarabéidés, Cérambycidés, Buprestidés, Scolytidés, Curculionidés de cette partie des Vosges ne se trouvent pratiquement qu’ici pour la région.

Les Hautes-Vosges gréseuses.

Entre la Sarre, la Zorn et la vallée de la Bruche, les Vosges méritent leur réputation de montagnes rudes. La cote 1000 est atteinte dans le chaos du dépérissement forestier et des fréquents chablis hivernaux. De vastes zones acidifiées restent longtemps désertiques et le ruissellement fait le reste. Dès 800m, entre le Schneeberg et le Donon les sapins crevards en ˝nid de cigogne˝ couverts de lichens marquent le paysage. C’est ici que j’ai vu mon seul et unique coq de bruyère, mais également le grand corbeau, le faucon pèlerin, le casse-noix… absence d’activités touristiques et sportives aidant ! Même dans les Vosges, il existe peu d’endroits où l’on peur marcher une journée sans rencontrer, comme ici, âme qui vive, –peut-être juste des bûcherons. Sous les 800m, c’est le domaine de la forêt dense, mais également celui des vallées encaissées, sources, torrents, cascades, éboulis, étangs, tourbières, marécages... Carabidés sous les mousses et dans les abris humides ; xylophages au sens le plus large, sous les écorces, dans les litières, le bois mort ; parfois, dans une clairière, un petit pré humide fleuri livre quelques Buprestidés, Curculionidés ou Scarabéidés.

Les Hautes-Vosges cristallines.

Cette partie des Vosges reste définitivement associée dans ma mémoire aux grandes chasses hivernales aux carabes. Il est peu d’endroits où l’on peut en rencontrer, comme ici, jusqu’à une dizaine d’espèces différentes sur quelques kilomètres à l’entrée d’une vallée. Portrait d’un de ces biotopes :  - petite vallée encaissée sous couvert forestier, avec au fond son torrent et au détour d’un lacet, un petit marécage noir, détrempé ; - au flanc gauche, un entablement et éboulis rocheux le tout couvert d’épais tapis de mousses ; - à droite, un chaos d’arbres morts, tombés pour certains dans le marigot, d’autres en travers du torrent, d’autres en contact avec le sol forestier ; - le long de l’eau, quelques vieilles souches moussues, des répressions pleines de feuilles mortes, des billes de bois pourries…Le décor est planté pour les carabes et autres Ptérostichidés. Mais aussi pour un lérot dans son nid d’hiver au coeur des haies du talus et pour les salamandres qui hivernent dans les feuilles mortes accumulées dans le chaos des éboulis moussus.
Vers le sud et en montant en altitude, vers les lacs, les tourbières, les landes à myrtilles, les prés d’altitudes, les Hautes-Chaumes, on pénètre dans le domaine des espèces d’altitude souvent très localisées et qui pour la plupart se ˝méritent˝… déjà par le fait même que leurs habitats sont souvent situés en plein dans des zones touristiques. Qui n’a pas vu la Route des Crêtes par un week-end ensoleillé peut croire que mon propos est exagéré. Il n’en est rien, sur de vastes portions, même l’arrêt est impossible ! On pourrait réellement se croire dans l’attente d’une étape du Tour de France ! D’autre part, des biotopes parmi les plus intéressants sont aujourd’hui situés dans des réserves naturelles où la chasse, y compris celle des insectes, est interdite. Bref, pour moi, comme pour beaucoup d’entomologistes de ma connaissance, les Hautes-Vosges cristallines au sud de Colmar, restent plus le but de petites excursions entomologiques ciblées qu’elles ne font l’objet d’un suivit régulier. On peut rapidement être exaspéré et avoir ici l’impression de perdre son temps… même si la promenade dans ce beau paysage peut valoir le déplacement.


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